🇳🇵 Népal : les applis bloquées reviennent (pas le Premier ministre)

Courts-circuits #10 Les dernières perturbations de l’internet

🇳🇵 Népal : les applis bloquées reviennent (pas le Premier ministre)

Disclaimer : Je ne parle pas ici de coupures internet accidentelles ou résultant d’actes de vandalisme ou de sabotage, telle que celle due à des perturbations affectant des câbles sous-marins de fibre optique en Mer Rouge début septembre.

Les derniers blocages en date

Népal 🇳🇵 Ce qui a commencé comme une manifestation pacifique de la ‘Génération Z’ contre le blocage d’applications au Népal le lundi 8 septembre s’est rapidement transformé en confrontation entre manifestants et forces de l’ordre.

Les manifestations se sont poursuivies les jours qui ont suivi, faisant au moins 19 morts et plus de 200 blessés et des dommages matériels tel qu’un incendie dans le parlement du pays, à Katmandou.

“Ce n’est pas seulement une question de blocage d’applications. Ils nous réduisent au silence”, a déclaré Aashish Karki, étudiant de 22 ans originaire de la capitale népalaise, à Xpert Times. “Nous ne sommes pas en ligne juste pour nous amuser : nous utilisons le numérique pour étudier, gagner notre vie et nous exprimer.”

Dans le chaos, des responsables pénitentiaires ont indiqué que 900 détenus étaient parvenus à s’échapper de deux prisons dans les districts de l’ouest du pays.

Le 9 septembre, les médias ont confirmé que le Premier ministre népalais, Khadga Prasad Sharma Oli (ou KP Sharma Oli), avait démissionné. Certains dirigeants, y compris des ministres, auraient trouvé refuge auprès des forces de sécurité, indique la BBC.

Plus tôt, le gouvernement népalais avait réclamé le blocage de 26 plateformes numériques de réseaux sociaux et de messageries, notamment Facebook, Instagram, Signal, WhatsApp, X et YouTube.

Le gouvernement avait donné jusqu’au 3 septembre à plusieurs fournisseurs de services numériques pour s’inscrire sur un registre officiel. Certains, comme les propriétaires de TikTok, Viber, WeTalk, Nimbuzz et Poppo Live, se sont pliés à cette demande. D’autres, comme Meta, X Corp ou Google, ne l’auraient pas fait à temps.

Cette décision a été vivement critiquée par des ONG et groupes de défense des droits humains et numériques, et a provoqué l’ire de nombreux jeunes Népalais, pour beaucoup âgés de moins de 30 ans, qui ont décidé de descendre dans les rues.

Finalement, le gouvernement népalais a décidé de faire machine arrière et de lever les restrictions, comme l’a confirmé le ministre des Communications et des Technologies de l'information, Prithvi Subba Gurung, après une réunion d'urgence du cabinet, ajoutant cependant que le gouvernement ne regrettait pas l’interdiction initiale.

L’ironie de l’histoire, comme le raconte France 24, est que ces manifestations et, plus largement, la riposte aux restrictions numériques, se sont organisées en grande partie en ligne, sur des plateformes comme Discord et des applications de messagerie comme Bitchat, un service récemment lancée par Jack Dorsey et qui permet de s’envoyer des messages à courte distance même en étant hors-ligne (on en avait parlé ici).


Turquie 🇹🇷 Le 7 septembre, Netblocks rapportait que plusieurs plateformes numériques, notamment Facebook, Instagram, TikTok, WhatsApp, X et YouTube avaient été bloquées en Turquie.

Ce blocage a été imposé après que le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principal parti d’opposition du pays, a encouragé ses soutiens à manifester, notamment autour de son siège, à Istanbul.

Source : Netblocks

Cet épisode de tensions politiques s’explique notamment par la nomination de Gürsel Tekin, ancien dirigeant du CHP, pour diriger la section d’Istanbul du parti. Cette nomination, poussé par le gouvernement turc, a provoqué la colère des sympathisants du CHP, car elle évince Özgür Çelik, qui avait remporté ce poste lors d’une élection interne en septembre 2023.

Une décision de justice rendue la semaine dernière a officiellement ordonné la destitution de Çelik, invoquant des irrégularités procédurales présumées.

Le dirigeant national du CHP, Özgür Özel, a rejeté cet arrêt et a rappelé que Tekin avait été exclu du parti. De son côté, Çelik a affirmé qu’il ne céderait pas son poste.

Par ailleurs, cet épisode précédait aussi de quelques jours le procès imminent de Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul et rival de premier plan du président Erdogan. Accusé d’avoir falsifié un diplôme universitaire, ce dernier a été arrêté et incarcéré en mars. Son procès, que beaucoup qualifient de procès politique, s’est ouvert le 12 septembre.

Ce blocage avait fait exploser les installations de VPN : ProtonVPN a enregistré une hausse de plus de 500% du trafic sur une base horaire dimanche soir, rapporte TechRadar.

Entre-temps, les plateformes numériques bloquées par demande du gouvernement turc ont semble-t-il été rendues de nouveau accessibles depuis le 8 septembre.

L’actu de la censure numérique en bref

🇨🇳🗺️ Une fuite massive de 100 000 documents a permis cette semaine à l’InterSecLab, un laboratoire de recherche en sécurité numérique, de révéler comment Geedge Networks, une entreprise chinoise, vend des systèmes clés en main de surveillance et de censure inspirés du Great Firewall chinois (“Grand pare-feu” ou “Grande muraille numérique”) à des gouvernements du monde entier, dont l’Ethiopie, le Pakistan, le Kazakhstan et le Myanmar, ainsi que dans certaines provinces chinoises.

Cette enquête a été en partie financée par l’Open Technology Fund et menée en collaboration avec Amnesty International, Justice for Myanmar, Paper Trail Media, The Globe and Mail, The Tor Project, le journal autrichien Der Standard et Follow the Money.

Coupe-circuit a lu et analysé les différents rapports issus de cette fuite de données et vous prépare une analyse en français pour très bientôt. Stay tuned !

Crédit : Huma Kabakci / Unsplash

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