📫 Telegram ne répond plus (en Russie et en Irak)

Courts-circuits | 8-12 avril 2026

📫 Telegram ne répond plus (en Russie et en Irak)

Les derniers blocages en date

Iran 🇮🇷 La coupure internet nationale dure maintenant depuis plus de six semaines…

“Jour après jour, les mesures de censure aggravent leurs effets dévastateurs : elles détruisent des vies, des emplois, et bafouent les droits numériques et humains fondamentaux des Iraniens,” déplore Netblocks le 11 avril.


Russie 🇷🇺 Le blocage de Telegram en Russie a atteint les 95%, d’après les données de l’Open Observatory of Network Interference (OONI).

Ces nouvelles mesures de blocage s’inscrivent dans une stratégie globale du Kremlin pour resserrer son contrôle sur l’accès à internet dans le pays.

Au cœur de cette bataille numérique, l’application Telegram est d’un enjeu crucial. Alors que la pression s’intensifie, les utilisateurs russes espèrent que Pavel Durov, son fondateur, déploie de nouvelles méthodes pour contourner les outils de censure.

Des protocoles comme VLESS ou le développement de réseaux “mesh” (réseaux décentralisés de proximité) sont particulièrement attendus. Avec 100 millions d’utilisateurs russes, l’intégration de telles technologies par Telegram pourrait sérieusement compliquer la tâche des autorités en rendant les communications indépendantes des infrastructures étatiques traditionnelles, indiquait Sarkis Darbinyan, avocat et fondateur de l’ONG de défense des droits numériques RKS Global, au New York Times.

Au-delà de Telegram, le gouvernement russe déploie un arsenal technique et législatif de plus en plus sophistiqué pour isoler le web russe :

  • Coupures arbitraires : Une nouvelle loi autorise dĂ©sormais les autoritĂ©s Ă  couper la donnĂ©e mobile sans aucune justification prĂ©alable.
  • Listes blanches : Le ministère de la Transformation numĂ©rique et les opĂ©rateurs mobiles crĂ©ent des listes de sites “autorisĂ©s” lors de coupures internet, excluant d’office environ la moitiĂ© des sites les plus consultĂ©s, notamment les services Ă©trangers.
  • Inspection profonde des paquets (deep packet inspection, ou DPI) : Roskomnadzor impose l’installation de boĂ®tiers matĂ©riels (TSPU) chez tous les fournisseurs d’accès pour analyser 100% du trafic et couper instantanĂ©ment les connexions interdites.
  • Bridage de la connexion (throttling) : Ralentissement volontaire de services comme YouTube ou Cloudflare pour les rendre inutilisables, tout en rejetant officiellement la faute sur les infrastructures obsolètes des entreprises Ă©trangères.
  • DNS National et IMEI : CrĂ©ation d’un annuaire de sites (DNS) national pour faciliter les blocages et d’une base de donnĂ©es des identifiants de tĂ©lĂ©phones (IMEI) pour pouvoir dĂ©sactiver les cartes SIM d’utilisateurs spĂ©cifiques.
  • Surveillance du contenu : Les fournisseurs d’accès sont encouragĂ©s Ă  signaler les utilisateurs effectuant des recherches sur des contenus jugĂ©s “extrĂ©mistes”.
  • Guerre contre les VPN : Bien que non illĂ©gaux, plus de 469 services de VPN ont Ă©tĂ© restreints. Les publicitĂ©s pour ces outils sont interdites et 25 millions de dollars ont Ă©tĂ© investis dans une IA capable de dĂ©tecter et bloquer le trafic routĂ© par VPN directement via le matĂ©riel des opĂ©rateurs.

Enfin, le gouvernement russe s’apprête à durcir les exigences d’exploitation pour les fournisseurs d’accès à internet (FAI) afin d’éliminer les petits opérateurs locaux.

Les nouvelles règles incluront des frais de licence plus élevés et le déploiement obligatoire des équipements d’interception de trafic SORM du FSB — les fameux boîtiers TSPU. Ces nouvelles propositions donneraient au ministère russe du Développement numérique le pouvoir de révoquer les licences sans décision de justice pour les fournisseurs ne respectant pas les règles. Les opérateurs dont la licence serait retirée se verraient également interdire d’en obtenir une nouvelle pendant dix ans.

Cette mesure est une tentative franche et sans complexe d’évincer les petits fournisseurs du marché russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, ces derniers sont devenus le “point faible” du système de censure : beaucoup retardaient l’installation des équipements de surveillance, préférant payer des amendes tout en vendant à leurs clients un accès “non censuré”. En les éliminant, le Kremlin s’assure que seul un internet totalement filtré reste accessible à la population.

Aller plus loin: RKS Global a récemment publié un rapport d’analyse sur les potentielles alternatives à l’appli officielle Telegram sur Android. Une étude en angais à retrouver ici.


Manipur 🇮🇳 Le gouvernement de l’Etat indien du Manipur a suspendu l’internet mobile pour une durée de trois jours, entre le 7 et le 10 avril, dans cinq districts, après que deux enfants ont été tués et leur mère blessée lors de l’explosion d’une bombe dans le district de Bishnupur. Cet incident a déclenché de nouvelles manifestations et des violences.

Selon un arrêté du ministère de l’Intérieur publié le 7 avril, cette coupure internet s’applique aux districts d’Imphal-Est, d’Imphal-Ouest, de Thoubal, de Kakching et de Bishnupur.

Aller plus loin: Pour mieux comprendre comment fonctionne le système de contrôle de l’internet en Inde, bien plus décentralisé que la Grande muraille numérique chinoise ou le système iranien, par exemple, Amber Sinha a publié un article de blog dans Tech Policy Press qui compile et résume les résultats de plusieurs études récentes sur le sujet. Un article en anglais à retrouver ici.


Irak 🇮🇶 Alors que le gouvernement a semble-t-il bloqué Telegram dans plusieurs villes irakiennes (lui aussi), le fournisseur suisse de VPN Proton a noté une explosion d’inscriptions à ses services de 1 200% - un record absolu dans le pays.

Dans les colonnes de TechRadar, un porte-parole de Proton a mis en garde les Irakiens qui tentent de contourner l’interdiction de Telegram : “Attention aux VPN que vous téléchargez. Beaucoup d’utilisateurs ne vérifient pas si ces services sont fiables avant de les installer.”


🌍 Suivez les coupures en direct grâce au tracker de l’Internet Society.

L’actu de la censure numérique en bref

💨 Le Tor Project planche sur une nouvelle architecture de connexion à internet via des relais, ou nœuds, qui permettrait d’échapper à la suspension d’un service par les forces de l’ordre en saisissant les serveurs sur lesquels ces relais sont hébergés. Les membres de l’initiative testent des serveurs fonctionnant uniquement en mémoire vive (RAM), qui effacent automatiquement toutes les données dès leur extinction. Ainsi, même en cas de saisie par les autorités, les relais ne contiennent aucune trace exploitable. Une solution pour rendre les nœuds Tor “incensurables” et protéger l’anonymat des utilisateurs. The Tor Project sur X, 9 avril 2026

🇳🇱🧰 Le gouvernement des Pays-Bas prépare un “kit d’urgence numérique” pour permettre aux citoyens et administrations de fonctionner 72 heures sans internet, paiements en ligne ou téléphonie. Une réponse à la crainte d’un blackout imposé, ou d’une coupure internet stratégique venue de l’étranger. Cybernews, 9 avril 2026

Les événements à venir

📅 West African Internet Resilience Workshop, Abidjan, Côte d’Ivoire, 12-13 avril 2026
Organisateur : Internet Society Pulse
Condition d’accès : être inscrit au DRIF26
Site | Se pré-inscrire

🗓️ Forum sur les droits numériques et l’inclusion 2026 / Digital Rights & Inclusion Forum 2026 (DRIF26)*, Abidjan, Côte d’Ivoire, 14-16 avril 2026
Organisateur : Paradigm Initiative
Thème : Construire des avenirs numériques inclusifs et résilients
Site | S’inscrire

Un avant-goût de l’événement avec ce teaser concocté par Paradigm Initiative et Safari Media.

🗓️ International Journalism Festival (#ijf26), Pérouse, Italie, 15-18 avril 2026
Organisateur : International Journalism Festival
Site | Entrée libre

📹 EFFecting Change: Can’t Stop the Signal, en ligne, 16 avril 2026
Organisateur : Electronic Frontier Foundation
Site | S’inscrire

📆 Journée mondiale de la liberté de la presse 2026 – Conférence mondiale*, Lusaka, Zambie 4-5 mai 2026
Organisateur : UNESCO
Thème : Façonner un avenir en paix
Site | S’inscrire

📆 SplinterCon Lusaka*, Lusaka, Zambie, 5 mai 2026Organisateur : SplinterCon, eQualitie
Thème : One Shutdown After Another: Control and Resilience in African Networks (“Une coupure après l’autre : contrôle et résilience des réseaux internet en Afrique”)
Site | S’inscrire

📅 Atelier pour journalistes, activistes et membres de la société civile*, Lusaka, Zambie, 5 mai 2026Organisateur : WITNESS
Thème : When Reality is Questioned in the Age of AI, Reclaim Trust (“À l’ère de l’IA, quand la réalité vacille, rétablissons la confiance”)
Condition d’accès : être inscrit à RightsCon
Se pré-inscrire

🗓️ RightsCon*, Lusaka, Zambie, 5-8 mai 2026
Organisateur : Access Now
Site | S’inscrire

🗓️ Forum on Internet Freedom in Africa 2026 (FIFAfrica26), Maurice, 28 septembre-1er octobre 2026
Organisateur : Collaboration on International ICT Policy For East And Southern Africa (CIPESA)
Site | S’inscrire | Contribuer au programme (date limite : 29 mai 2026)

*Événements auxquels je serai présent pour Coupe Circuit.

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