La conférence RightsCon annulée sous la pression du gouvernement chinois

Le plus grand rendez-vous des défenseurs des droits numériques a dû être annulé au tout dernier moment.

La conférence RightsCon annulée sous la pression du gouvernement chinois

Coupe Circuit ne sera finalement pas à la RightCon… mais personne d’autre n’y participera non plus. Et pour cause : malheureusement, la plus grande conférence internationale sur les droits numériques, organisée par l’ONG Access Now depuis 14 ans et qui devait se tenir à Lusaka, la capitale de la Zambie, du 5 au 8 mai, n’aura pas lieu cette année. 

En cause, le gouvernement zambien a décidé unilatéralement, de "repousser" l’événement, six jours seulement avant l’ouverture, et sans en avertir l’équipe organisatrice, arguant tout d’abord des problèmes de validation de la venue de certains intervenants, avant d’évoquer "des éclaircissements requis sur certaines thématiques abordées durant le sommet". Cela vous semble vague ? A moi aussi, mais on en sait aujourd’hui beaucoup plus sur les raisons derrière cette décision. 

Rendez-vous à "De récents rapprochements Zambie-Chine pointés du doigt" si c’est ce qui vous intéresse.

Apprendre l’annulation de la RightsCon à quatre jours d’un vol pour Lusaka

Tout d’abord, je souhaiterais vous embarquer avec moi pour vivre la manière dont j’ai appris la nouvelle de l’annulation, car mon expérience est certainement similaire à celle de nombreux autres participants. 

Les préparations pour mon voyage à Lusaka - accréditation pour la conférence, billets d’avion, réservation d’hôtel - étaient bouclées dès le début de l’année. Un peu plus de 1 200 euros dépensés, sans compter l’hôtel, que je devais payer sur place. Mon vol pour Lusaka était prévu pour ce dimanche 3 mai.

Le 28 avril, je suis en train de préparer mon programme en détails quand je me rends compte que je dois demander une accréditation presse auprès des Zambia News and Information Services (ZANIS), une agence en charge des relations aux médias au sein du ministère zambien de l’Information et des Médias. Je remplis donc le formulaire à cet effet et l’envoie à la personne de l’agence ZANIS.

Quelle n’est pas ma surprise, quand, le lendemain matin, je reçois un email de cette même personne, m’indiquant qu’il "avait été porté à [son] attention que la RightsCon avait été repoussée". Je trouve rapidement un article du Lusaka Times, média privé basé dans la capitale zambienne, évoquant effectivement la décision du gouvernement zambien et citant notamment Felix Mutati, le ministre zambien de la Technologie et des Sciences. 

Ce dernier invoque des vérifications de sécurité incomplètes. "En particulier, certains intervenants et participants font toujours l’objet de vérifications administratives et sécuritaires en cours, qui n’ont pas encore été finalisées", a-t-il déclaré dans un communiqué. Il explique aussi que la tenue de la conférence sans l’achèvement de ces procédures ne serait pas conforme au cadre réglementaire zambien, ni aux responsabilités du pays en tant que nation hôte.

J’envoie le lien vers l’article à Nikki Gladstone, directrice de la RightsCon au sein d’Access Now, qui me joint un communiqué indiquant que l’équipe organisatrice était au courant de ces "rumeurs" mais que le gouvernement zambien ne lui avait alors rien communiqué. Par ailleurs, l’équipe assure avoir demandé une réunion d’urgence et qu’elle informerait les participants dans la journée.

Dans l’après-midi du 29 avril, je découvre alors une lettre signée par Thabo Kawana, secrétaire permanent au sein du ministère zambien de l'Information et des Médias, sur la page Facebook officielle du ministère. La lettre précise que le report a été rendu nécessaire par le besoin, pour le gouvernement zambien, d’être informé de certains "thèmes clés qui devraient être abordés durant le sommet"

"Une telle divulgation est essentielle pour garantir un alignement total avec les valeurs nationales de la Zambie, les priorités politiques et les considérations d'intérêt public plus larges", ajoute Thabo Kawana.

La lettre de Thabo Kawana, secrétaire permanent au sein du ministère zambien de l'Information et des Médias, sur la page Facebook officielle du ministère. Source : ministère zambien de l'Information et des Médias, via Facebook

Quelques heures plus tard, message officiel de la RightsCon, envoyé par Nikki Gladstone : la conférence n’est pas seulement repoussée mais bel et bien annulée.

C’est un choc pour moi, mais surtout, cette annulation affecte énormément de monde. La RightsCon devait accueillir plus de 5 000 personnes - dont près de 3 000 participants - issues de 750 organisations et venues de plus de 150 pays. On y retrouve un large panel de spécialités, dont des activistes professionnels et citoyens, des humanitaires, des avocats, des journalistes, des technologistes, et bien d’autres. C’est le plus grand rendez-vous entièrement dédié à la lutte contre la censure sur internet et la violation des droits numériques. 

Par ailleurs, d’autres organisations avaient saisi l’opportunité d’avoir autant d’experts et de personnes concernées par les droits numériques en un même lieu pour organiser une myriade d’événements complémentaires ou “satellites”. Par exemple, l’Unesco devait organiser un événement d’une journée, le lundi 4 mai, consacré à la Journée mondiale de la liberté de la presse (qui a lieu ce dimanche 3 mai), dans le même bâtiment que la RightsCon. La SplinterCon, série de conférences dédiées à la segmentation de l’internet, avait même son édition à Lusaka cette même semaine. Sans compter de nombreux ateliers et autres sessions d’information organisés par l’Internet Society, la VPN Trust Initiative ou encore des ONG partenaires d’Access Now, comme Witness.

De récents rapprochements Zambie-Chine pointés du doigt

Face aux justifications floues du gouvernement zambien, certains activistes et défenseurs des droits humains commencent à chercher la vraie raison qui explique ce revirement - et parfois partagent leurs théories sur les réseaux sociaux.

Samuel Chu, fondateur et président de The Campaign for Hong Kong, une organisation de défense des droits numériques des Hongkongais, remarque, le 29 avril sur X, que plusieurs articles d’actualité dans les médias zambiens font état d’un rapprochement entre le pays et la Chine. En une du Lusaka Times, par exemple, on retrouve un article évoquant une entreprise chinoise qui prévoit de rouvrir une mine de nickel en Zambie ainsi qu’un autre qui analyse l’expansion d’une zone sans droits de douane vers et depuis la Chine à travers l'Afrique.

Une du site Lusaka Times le 29 avril 2026. Source : Samuel Chu via X

Quelques heures plus tard, Bethany Allen, responsable des enquêtes sur la Chine au sein du département Cyber, tech et sécurité de l’Institut australien de stratégie politique (Australian Strategic Policy Institute, ASPI), note, également sur X, que le gouvernement zambien a signé un contrat avec la Chine le 24 avril dernier.

D’après un article du site officiel en anglais de la République populaire de Chine daté du 25 avril, il s’agit d’un accord de coopération par lequel la Chine fournira une subvention pour mettre en œuvre des projets conjoints convenus entre les deux pays. Cet accord a été signé lors d’une cérémonie à Lusaka en présence de l’ambassadeur de la Chine en Zambie, Han Jing. Ce dernier aurait d’ailleurs évoqué que 400 fonctionnaires et agents techniques du gouvernement zambien se sont rendus l’an dernier en Chine pour des formations diverses.

Rapidement, les rumeurs se confirment. Le jeudi 30 avril, un autre site d’information zambien, News Diggers!, publie un article citant des "sources bien informées" selon lesquelles la RightsCon "a en réalité été annulé parce que le programme prévoyait la participation de délégués taïwanais, qui auraient pu s'exprimer contre la Chine dans un lieu offert par le gouvernement chinois"

En effet, selon une base de données sur les investissements étrangers chinois gérée par le College of William and Mary, relayé dans un nouvel article consacré à l’annulation de RightsCon, publié dans le très sérieux Tech Policy Press (qui devait être présent à la conférence), la Chine a fait don de 30 millions de dollars (25,6 millions d’euros) pour la construction du Mulungushi International Conference Center, où devait se tenir la RightsCon et d’autres événements liés, comme celui organisé par l’Unesco la veille de la conférence principale. Ce montant ne représente qu’un des centaines d’investissements chinois dans les infrastructures zambiennes, totalisant près de 13 milliards de dollars (11 milliards d’euros) au cours de la dernière décennie. 

Par ailleurs, un communiqué publié le 30 avril par l'organisation de défense des droits humains Article 19 indique : "Nous sommes conscients des allégations, dont beaucoup sont fondées, selon lesquelles des pressions exercées par des gouvernements étrangers ont contribué à la décision du gouvernement zambien."

Ça se précise…

Le pression chinoise pour “reporter” la RightsCon confirmée

Le lendemain, vendredi 1er mai, cela ne fait plus aucun doute : le gouvernement zambien a "reporté" la RightsCon après des pressions chinoises. Ce n’est pas Coupe Circuit ou des activistes qui le disent, mais bien Access Now et l’équipe organisatrice de la RightsCon elle-même qui le confirme dans une déclaration détaillée, révélant les dessous d'une décision prise dans des conditions troublantes.

"Nous pensons qu’une interférence étrangère est la raison pour laquelle la RightsCon 2026 ne pourra pas avoir lieu", indique d’emblée l’ONG.

Tout commence le 27 avril, soit le lendemain de la publication d’un communiqué du gouvernement zambien soutenant officiellement la RightsCon, raconte l’équipe de Nikki Gladstone : "Ce jour-là, nous recevons un appel urgent du ministère zambien de la Technologie et des Sciences pour nous informer que des diplomates de la République populaire de Chine faisaient pression sur le gouvernement zambien en raison de la participation prévue de représentants de la société civile taïwanaise."

Préoccupée, l’équipe derrière la RightsCon, dont la dernière édition s’est déroulée à Taipei, la capitale de Taïwan, a immédiatement tenté de mettre au courant les intervenants taïwanais de la prochaine conférence. Toutefois, les organisateurs demeurent alors "confiants" qu’ils pourraient régler le problème avec le gouvernement zambien, qui s’était montré très coopératif jusqu’alors.

Pourtant, peu après cet appel, l’ONG a reçu des signalements indiquant que des agents de l’immigration en Zambie informaient les participants à la RightsCon à leur arrivée sur le territoire (car oui, certains avaient déjà fait le déplacement !) que la conférence était annulée. 

"Ces événements se déroulaient à la veille d’un jour férié en Zambie, et malgré nos multiples tentatives pour joindre nos contacts gouvernementaux tout au long de la soirée et de la journée suivante, nous n’avons obtenu aucune réponse", regrette l’ONG.

Soudain, les organisateurs reçoivent, le 28 avril, un appel qu’ils qualifient d’"informel et énigmatique" d’un haut responsable du ministère de la Technologie et des Sciences. 

"Celui-ci nous a indiqué, de manière hésitante, qu’on lui avait demandé de nous faire savoir que la RightsCon serait annulée ou reportée. Il n’a pas su préciser d’où venait cette décision ni pour quelles raisons", poursuit l’ONG. 

Les organisateurs protestent auprès de différentes officines du gouvernement et réclament des éclaircissements. Mais désormais, le haut responsable du ministère de la Technologie et des Sciences veut obtenir la liste complète des participants. 

A 21h33 (heure de Lusaka), le 28 avril, un jour férié national, des médias d’Etat zambiens sont les premiers à annoncer que le gouvernement avait "reporté" la conférence. 

"Notre équipe a été choquée : malgré un partenariat établi et des échanges jusqu’alors ouverts, une décision avait été prise par le gouvernement sans consultation ni notification formelle. Nous n’avions eu aucune connaissance préalable de la publication de cet article, ni l’opportunité de nous exprimer", s’indigne l’équipe organisatrice de la RightsCon.

Par ailleurs, l’article insiste sur le fait qu’il est "tout simplement impossible" de reporter un événement de l’ampleur de la RightsCon une semaine avant son ouverture. "Un sommet de cette envergure nécessite plus d’un an de planification pour accueillir des milliers de participants et organiser un programme de plus de 500 sessions", explique l’ONG.

Comprenez : un report de la RightsCon équivaut à son annulation.

Une cellule de crise se met alors en place au sein d’Access Now, qui essaie de se coordonner avec ses partenaires locaux et étrangers présents dans le pays, dans l’objectif d’inverser cette décision. C’est à ce moment-là que je vois le premier message publié sur le site de la RightsCon confirmant qu’une réunion d’urgence auprès du gouvernement zambien avait été demandée. 

"Le 29 avril, on nous a demandé de nous rendre au ministère pour une réunion prévue à 11h30. Celle-ci a été retardée et jamais reprogrammée. Nous nous y sommes tout de même rendus et avons remis en main propre une lettre demandant une rencontre", rapporte l’article.

Pendant ce temps, l’équipe de Nikki Gladstone ne perd pas espoir, et on lui confie même "par des canaux informels mais fiables" que des nouvelles positives pourraient arriver. Mais les heures passent, sans nouvelles, des relances sont envoyées, sans réponse. Puis arrive une nouvelle déclaration du ministère de l’Information et des Médias, cette fois, réaffirmant le report de la conférence. Toujours aucune réunion, aucune notification formelle, et aucun effort pour communiquer à l’ONG ce qui bloque exactement.

Quelques heures plus tard, l’équipe organisatrice reçoit un message WhatsApp du ministère de la Technologie et des Sciences, la première communication écrite officielle de la part du gouvernement. Pour autant, cette lettre est peu ou prou celle publiée sur le compte Facebook du ministère, avec ses justifications on ne peut vagues.

Et c’est là tout le problème : "Bien que ce communiqué semblait ouvrir une porte à la négociation, il ne fournissait toujours aucune information concrète sur les raisons ayant poussé le gouvernement à annoncer le report de la RightsCon", indique Access Now.

En parallèle de ce canal officiel, ce que le gouvernement attendait de l’ONG pour lever ce report a été transmis de manière informelle par plusieurs sources : pour que la RightsCon puisse avoir lieu, l’ONG doit censurer certains sujets et exclure des communautés à risque, dont les participants taïwanais.

"C’était notre ligne rouge, s’indigne à nouveau l’ONG. Non pas parce que nous refusions le dialogue, mais parce que les conditions qui nous étaient imposées étaient inacceptables et contraires aux valeurs de RightsCon et d’Access Now. La manière dont le gouvernement a géré ce processus de communication soulève de sérieuses questions quant à l’intégrité, la franchise et la valeur de tout engagement futur fondé sur la bonne foi.
Nous voyons dans cette décision unilatérale, et dans la façon dont elle a été prise, la preuve de l’ampleur de la répression transnationale ciblant la société civile, et de la réduction effective des espaces dans lesquels nous pouvons opérer. À une époque où ce secteur est déjà soumis à d’énormes pressions financières et politiques, ce que nous et notre communauté avons vécu est sans précédent et existentiel.
En tant qu’organisation de défense des droits humains, nous dénonçons ces violations des libertés fondamentales de réunion pacifique et d’association, ainsi que l’ingérence dans la liberté d’expression et l’espace civique de l’ensemble de la communauté RightsCon."

En même temps que ce long communiqué d’Access Now est publié, plusieurs médias américains et internationaux relaient l’information, notamment 404 Media, qui avait déjà évoqué le report sur son site, ainsi que Wired et l’organisation Index on Censorship.

En plus de confirmer l'origine des pressions chinoises par plusieurs sources, Wired et Index on Censorship apportent des éléments de contexte sur la relation entre la Zambie et la Chine. 

Index on Censorship cite Charles Mafa, rédacteur en chef du Centre de journalisme d’investigation de Lusaka, qui attribue le report de la RightsCon à l’influence de la Chine dans le secteur minier zambien.

"Le 18 février 2025, une catastrophe environnementale majeure a frappé la Zambie : un barrage de résidus miniers, propriété d’une entreprise publique chinoise, s’est effondré, déversant près de 50 millions de litres de déchets hautement toxiques dans l’écosystème de la rivière Kafue. Ce désastre, et les obstacles rencontrés par les enquêtes le concernant – systématiquement entravées par le gouvernement –, devaient figurer parmi les principaux sujets de discussion de la conférence, au grand dam du parti au pouvoir", explique l’expert, dont l’analyse est corroborée par David Ngwenyama, un écologiste zambien de renom, également mentionné dans l’article.

De leurs côtés, les auteurs de l’article de Wired, Vittoria Elliott et Zeyi Yang, notent que le 23 avril, la veille de le signature de l’accord de coopération entre les deux pays, la Zambia Development Agency a également signé un accord de 1,5 milliard de dollars (1,3 milliard d'euros) avec une entreprise publique chinoise de construction pour étendre la capacité énergétique du pays.

Un revirement inexpliqué du gouvernement zambien

Malgré tout, l’annonce du report de la conférence "a été un véritable choc pour l'équipe organisatrice", a assuré l’ONG.

Après avoir promis un retour en Afrique depuis 2023, l’équipe organisatrice avait passé plus d'un an de préparation minutieuse, de partenariats officiels avec plusieurs ministères zambiens (Technologie et Sciences, Tourisme, Information et Médias, Immigration), et avait même signé un mémorandum d'entente avec le gouvernement.

"Nous avions passé des mois à construire des relations avec le gouvernement, précisément axées sur la transparence et la compréhension mutuelle, y compris des discussions explicites sur la diversité de notre communauté. Si ce socle était considéré comme insuffisant, nous nous demandons pourquoi cela ne nous a pas été communiqué plus tôt que cinq jours seulement avant l’arrivée prévue de nos participants", s’interroge l’ONG.

Pour autant, aussi soudain qu’il en a l’air, cet événement semble s’inscrire dans un épisode de renforcement du gouvernement chinois dans ses moyens de pression pour faire taire les voix taïwanaises, d’après Luke de Pulford, co-fondateur et directeur exécutif de l’Inter-Parliamentary Alliance on China. Sur X, ce dernier a identifié quatre autres événements récents qu’il attribue à une pression de la Chine.

Tout d’abord, avant l’annulation de RightsCon, l’événement organisé à Lusaka par l’Unesco pour le Journée mondiale de la liberté de la presse a vu l’introduction de nouvelles mesures de sécurité au dernier moment pour s’assurer que certains individus ne participent pas. Néanmoins, l'événment figure toujours sur la bannière de la page Facebook du ministère zambien de l’Information à l’heure d’écrire ces lignes.

Bannière de la page Facebook du ministère zambien de l’Information et des Médias, 2 mais 2026. Source : Coupe Circuit

Par ailleurs, un événement impliquant l’ambassadeur de Taïwan en Argentine a récemment été annulé, indique Luke de Pulford.

Enfin, plusieurs gouvernements africains, dont Maurice, les Seychelles et Madagascar, auraient révoqué le droit au président taïwanais, Lai Ching-te, actuellement au Eswatini, de survoler leur pays pour sa visite sur le continent

Cet épisode s’inscrit aussi dans un contexte plus large de répression croissante en Zambie, comme le soulignent plusieurs observateurs. L’article précédemment mentionné d’Index on Censorship ainsi qu’un communiqué d’Internet sans frontières (ISF) relèvent en effet des signes alarmants dans le pays ces derniers mois.

Index on Censorship affirme que la conférence devait "exposer au monde l’état des violations des droits humains en Zambie à un moment où le régime en place ne veut surtout pas que ces informations parviennent à l’oreille de ses électeurs".

L’ONG note que la situation des droits humains dans le pays s’est en effet dégradée depuis l’arrivée au pouvoir du président Hakainde Hichilema en 2021. Son gouvernement a promulgué des lois comme le Cyber Security Act (2025) et le Cyber Crimes Act (2025), que les défenseurs des droits humains – notamment ceux du Collaboration on International ICT Policy for East and Southern Africa (CIPESA) – qualifient d’hostiles à toute forme de dissidence, de critique ou d’opposition politique. À tel point que la Law Association of Zambia a saisi la Haute Cour pour contester la constitutionnalité de certaines dispositions du Cyber Crimes Act, jugées contraires aux libertés d’expression, de parole, de conscience et d’association.

ISF souligne aussi le rapport Freedom on the Net 2025 de Freedom House, qui classe la Zambie comme "partiellement libre" et révèle que le gouvernement a emprisonné des citoyens pour des propos en ligne critiques envers les autorités, tandis que les journalistes subissent un harcèlement accru. Accueillir RightsCon à Lusaka aurait justement permis de braquer les projecteurs sur ces dynamiques répressives.

"Cette affaire illustre de manière glaçante l'influence croissante de la Chine sur les démocraties africaines, au détriment des libertés fondamentales", conclut Access Now dans son message.

132 organisations et figures de la défense des droits humains dénonce le report

Sur les réseaux sociaux comme ailleurs sur internet, les messages d’indignation envers le gouvernement et de soutien à Access Now pleuvent (en tout cas dans mes canaux de communication). 

Un groupe de 132 organisations de défense des droits humains et et individus de la société civile ont signé une lettre ouverte à l’initiative de la Net Rights Coalition pour condamner la décision du gouvernement zambien de reporter unilatéralement la conférence. 

Auprès de Coupe Circuit, Dean Meekson, activiste et défenseurs des droits humains environnementaux basé à Lusaka, décrit la décision du gouvernement comme "profondément décevante" et estime qu'elle "envoie un mauvais signal au monde entier" et "soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’engagement de la Zambie en faveur de l’espace civique, des droits numériques et de la liberté de réunion".

"Cela a affecté des activistes, des chercheurs, des décideurs politiques et de jeunes leaders de toute l’Afrique, qui y voyaient une occasion rare pour l’Afrique australe d’accueillir une plateforme mondiale majeure sur les droits.
Si les préoccupations étaient réellement d’ordre administratif ou sécuritaire, ces problèmes auraient dû être réglés bien plus tôt et avec transparence. Les explications autour des « valeurs nationales » et des retards dans les autorisations ont, à juste titre, suscité du scepticisme, d’autant plus que des rumeurs évoquent des pressions géopolitiques liées à la participation taïwanaise. Ces allégations méritent des éclaircissements officiels de la part du gouvernement.
En tant que Zambien et acteur engagé dans les espaces de plaidoyer mondial, je pense que cette décision représente une occasion manquée pour notre pays. La Zambie s’est souvent présentée comme un leader démocratique dans la région, et des choix comme celui-ci risquent de saper cette réputation. RightsCon aurait pu renforcer les débats locaux sur la cybersécurité, la gouvernance numérique, les politiques en matière d’IA, les libertés en ligne et la participation des jeunes.
Surtout, ce sont les acteurs locaux de la société civile et les jeunes Africains qui en paient le prix, eux qui ont rarement accès à ces plateformes mondiales sans les barrières financières des déplacements coûteux. Accueillir RightsCon à Lusaka comptait.
J’espère qu’il y aura des comptes rendus, de la transparence et un engagement renouvelé pour que la Zambie reste ouverte aux conversations difficiles, mais nécessaires."

Malgré la déception, Access Now, de son côté "salue le soutien massif de la communauté internationale, des participants et des organisations partenaires”, peut-on lire dans le message officiel de l’ONG.

Dans ce même message Access Now a demandé à tous ceux qui n’étaient pas encore partis de ne pas se rendre en Zambie, non pas pour des raisons de sécurité mais parce que les équipes de l'ONG liées à l’événement ne seront pas sur place pour aider les voyageurs qui pourraient rencontrer des problèmes à leur arrivée dans le pays (visas, autorisations d’entrée sur le territoire, etc.).

Toutefois, certains sont déjà à Lusaka et d’autres ont décidé de s’y rendre quand même. C’est le cas d’Asma Derja, fondatrice de l’Ethical AI Alliance, par exemple, qui n’a pas pu se faire rembourser son billet d’avion. Elle propose aux personnes intéressées de se rencontrer dans la capitale zambienne la semaine de RightsCon. 

L’événement de l’Unesco, lui aussi, aura bien lieu le 4 mai. SplinterCon Lusaka, en revanche, se déroulera entièrement en ligne, le 5 mai. 

D’autres, comme The African Editors Forum, annoncent haut et fort qu’ils boycotteront les événements toujours prévus dans la capitale zambienne. Non pas contre le peuple zambien ou les événements en question, mais par opposition à la décision du gouvernement du pays. 

Quant à Access Now, l’ONG promet de se relever. "La RightsCon ne se tiendra pas en Zambie, mais l'équipe promet de tirer les leçons de cette expérience pour renforcer la résilience des espaces civiques, de reconstruire un sommet ailleurs en s'appuyant sur les retours de la communauté, et de continuer à dénoncer les violations des droits fondamentaux, où qu'elles se produisent", l’ONG clame-t-elle.

Coupe Circuit a contacté le gouvernement zambien, mais ce dernier n'a pas donné suite à mes demandes. Cet article a été mis à jour le 3 mai 2026 pour ajouter les commentaires de Dean Meekson.

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