Iran : MTN affirme n’avoir aucun contrôle sur Irancell

MTN affirme ne disposer d’aucun contrôle opérationnel sur MTN-Irancell malgré sa participation de 49%, tandis que des experts des droits humains estiment que le groupe demeure tenu d’utiliser les leviers dont il dispose.

Iran : MTN affirme n’avoir aucun contrôle sur Irancell
Routeur Z6000 de la société MTN-Irancell. Crédit : Mobin2008

Le groupe sud-africain de télécommunications MTN a confirmé qu’il n’avait "aucune influence" sur les décisions opérationnelles de MTN-Irancell, malgré sa participation de 49% dans l’entreprise iranienne. 

Le siège du groupe n’aurait donc pas été en mesure d’empêcher la coupure internet imposée par le gouvernement iranien à laquelle le pays a été confronté plus tôt cette année.

MTN-Irancell est l’un des principaux fournisseurs d’accès à Internet (FAI) d’Iran et le deuxième opérateur mobile du pays.

En septembre 2025, GuruFocus, un site d’actualité consacré aux financements du secteur privé et aux investissements économiques, rapportait que Ralph Mupita, PDG de MTN, avait déclaré que les actifs du groupe dans MTN-Irancell avaient été gelés en raison des sanctions américaines. L’article indiquait également que MTN cherchait depuis plusieurs années à quitter le marché iranien et que Mupita n’avait désormais plus aucun pouvoir décisionnel sur les activités de télécommunications du groupe en Iran.

Sherilyn Naidoo, responsable des questions liées au numérique et aux droits humains chez MTN, était invitée à intervenir lors d’une conférence en ligne organisée le 10 septembre par l’Investor Alliance, Ranking Digital Rights (RDR) et l’International Corporate Accountability Roundtable (ICAR).

Répondant à Coupe Circuit, elle a confirmé les informations de GuruFocus, précisant qu’en raison d’une simple participation minoritaire dans MTN-Irancell, MTN Group n’a "pas la possibilité d’influencer les décisions de gestion et opérationnelles".

Contrôle vs capacité d’influence

Jie Zhang, responsable de recherche à l’ICAR et chercheuse associée auprès de RDR, a reconnu que MTN Group disposait "d’un contrôle limité sur MTN-Irancell" et a évoqué des informations "selon lesquelles le PDG aurait été évincé" par le gouvernement iranien après que l’entreprise eut initialement retardé l’exécution de l’ordre de coupure internet pendant les manifestations en Iran.

"Cela démontre les limites réelles de l’influence opérationnelle de MTN dans le pays", a déclaré Zhang. 

"Cependant, je ne pense pas qu’une participation minoritaire signifie forcément qu’une entreprise n’a aucune responsabilité en matière de droits humains," a-t-elle ajouté.

Elle a ensuite insisté sur l’importante distinction entre "contrôle" et "capacité d'influence".

"Une entreprise peut ne pas avoir la possibilité de refuser une demande gouvernementale de couper internet ou de dicter les décisions quotidiennes d’une filiale locale, en particulier dans des environnements politiques très restrictifs comme l’Iran. Mais notre question demeure : quels leviers l’entreprise conserve-t-elle ? Comment peut-elle les utiliser ?", se demande la chercheuse.

C’est pourquoi, a-t-elle expliqué, RDR et ICAR enjoint les entreprises privées à faire preuve de transparence, même lorsqu’elles sont contraintes de se conformer à des ordres qui portent atteinte aux droits humains.

"Lorsqu’une entreprise ne peut pas directement refuser une demande gouvernementale, elle peut néanmoins exercer une influence en tant qu’actionnaire et à un niveau plus large, notamment en soulevant ses préoccupations dans le cadre des mécanismes de gouvernance d’entreprise, en menant des procédures de diligence raisonnable et, surtout, en faisant preuve de transparence auprès du public concernant les demandes qu’elle reçoit, les mesures qu’elle prend pour y répondre et les limites auxquelles elle est confrontée," liste Zhang.

Au-delà du seul cas iranien, Naidoo a indiqué que, dans tout autre marché où MTN contrôle un FAI, le groupe examine systématiquement toute demande formulée par un gouvernement ou une autorité de régulation afin de s’assurer qu’elle est juridiquement valide.

"C’est là que notre évaluation des risques entrent en jeu : si la demande est juridiquement valide, nous cherchons ensuite à déterminer comment nous pouvons y répondre tout en respectant les droits humains", a-t-elle ajouté.

MTN et le respect des droits humains

Plus généralement, Naidoo a expliqué que MTN "respectait au mieux les droits humains, tout simplement parce que c’est la bonne chose à faire" et que cela "correspond aux valeurs de l'entreprise".

"Cette approche comprend une politique de référence sur le respect des droits humains dans le domaine numérique, fondée sur les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme (UNGPs), ainsi que sur d’autres bonnes pratiques internationales. Elle prévoit des évaluations périodiques des risques et des évaluations annuelles des impacts que nous menons sur l’ensemble de nos marchés", a-t-elle déclaré.

Naidoo a également indiqué que MTN réalisait des évaluations supplémentaires pendant les périodes électorales afin de garantir le maintien de l’accès à internet à ses clients. 

"Nous reconnaissons que nous fournissons un service qui permet aux personnes de jouir de leurs droits humains en ligne", a-t-elle ajouté.

Naidoo a ensuite souligné qu’une politique ne constituait que le point de départ. Elle a expliqué que MTN avait élaboré une feuille de route précise pour appliquer sa politique en matière de droits humains à l’ensemble de ses activités, notamment en intégrant ces considérations dans les produits et services déployés par le groupe.

Elle a souligné que le rythme rapide des évolutions technologiques, notamment l’essor de l’intelligence artificielle, rendait cette approche d’autant plus importante. 

MTN, a-t-elle expliqué, a adopté une politique en matière d’IA responsable qui englobe également sa politique relative aux droits humains dans le domaine numérique, afin de garantir le respect des droits humains tant dans l’utilisation de l’IA que dans la manière dont les systèmes d’IA sont développés et déployés au sein du groupe et avec l’ensemble des parties prenantes concernées.

A mesure que l’approche de MTN en matière de droits humains a gagné en maturité, Naidoo a expliqué que le groupe cherchait à ne plus se contenter de réagir aux problèmes lorsqu’ils se présentent, mais à adopter une démarche plus proactive.

Elle a notamment cité les droits des enfants et leur sécurité en ligne. MTN mène depuis longtemps une campagne de protection des enfants en ligne, déployée sur l’ensemble de ses marchés, a-t-elle indiqué, et entretient également une relation de longue date avec l’Internet Watch Foundation. 

Le groupe héberge par ailleurs un portail à l’échelle de l’Afrique permettant de bloquer les contenus d’abus sexuels sur mineurs signalés sur le continent.

MTN, 2e du RDR Index 2026

Les efforts récemment déployés par MTN pour améliorer sa transparence semblent avoir porté leurs fruits : l’opérateur sud-africain s’est hissé à la deuxième place de l’Index RDR 2026 consacré aux géants des télécommunications.

Source : 2026 RDR Index: Telco Giants Edition (TGE), Ranking Digital Rights

Zhang a reconnu ces efforts et déclaré que MTN "se distingue encore parmi les 12 opérateurs évalués par RDR", notamment parce que le groupe continue de publier des informations détaillées sur ses procédures ainsi que sur le processus suivi pour répondre aux demandes gouvernementales de coupure internet et les examiner.

Elle a toutefois regretté que cette transparence ne soit pas appliquée au marché iranien : "Du point de vue de RDR, nous estimons que l’absence de données reste importante, a déclaré Zhang. Nous avons un indicateur qui porte spécifiquement sur la transparence concernant les demandes gouvernementales de coupure internet. L’absence de données concernant l’Iran a donc entraîné une perte de points pour MTN dans l’évaluation de RDR."

Stacey Cram, directrice adjointe de l’Investor Alliance for Human Rights et modératrice de l’événement, a décrit le cas de MTN comme "un exemple clair de l’importance de suivre ces questions et de la nécessité d’avoir du cran pour faire avancer ces enjeux dans ce secteur, et pourquoi, en tant qu’investisseurs ou membres de la société civile, nous devons également suivre, surveiller et demander des comptes aux entreprises sur ces questions".

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